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Cet article a été écrit par René Fagnoni, le 29 mars 2014, archivé en catégorie Algérie.

Djezair, fleuron de la Méditerranée

Et si le rêve d’une Algérie enfin sereine et pacifiée devenait réalité à l’horizon de cette décennie… De combien de fées bienveillantes l’Algérie n’a-t-elle pas été entourée à sa naissance lorsque la hantaient encore le léopard et le lion, lorsqu’elle n’était encore à personne?

Combien de pays peuvent se targuer, comme l’Algérie, de posséder un sous-sol dont la richesse est loin de se borner au pétrole et au gaz même s’ils constituent une manne exceptionnelle -, un sol qui, en tant d’endroits, ne demande qu’à produire. Cette terre promise pour y abriter à perte de vue des champs de céréales à la chevelure dorée ondulant sous le vent, des vergers gorgés de fruits au goût originel encore intact, des vignobles chargés de grappes vermeilles, et des pâturages appelant des troupeaux comme aux premiers matins du monde.

Enfin, pour orner cette terre dont: la variété géographique recèle une infinité de paysages grandioses à couper le souffle, il existe une abondance de monuments de nature à faire affluer le voyageur et rendre fier le peuple qui les abrite. Lorsque l’Histoire est passée. sa cruauté s’allège et ce qui était l’indice de la domination et de l’intrusion peut devenir sujet d’émerveillement. Ainsi, la France n’a pas laissé que la guerre; Rome subjugua la Numidie et autres lieux d’épopée, mais elle légua ici, comme pour un ultime pardon, Tipasa et Timgad, Hippone et Djamila qui en son temps se nommait Cuicul. Ce qui reste de la richesse de ces villes est en tout point saisissant. Pourtant, comme à Timgad, la Pompéi numide, dans ce site qui, sous d’autres cieux, drainerait les touristes par cars entiers, actuellement, le voyageur y est presque seul, aussi longtemps qu’il lui plaît d’arpenter le « cardo » (l’axe nord-sud de la ville) et le « decumanus » (l’axe est-ouest). Il peut, sans craindre le fracas des bus et des autos, étonné d’une paix inhabituelle, rêver qu’il est le contemporain de Marc-Aurèle, ou familier du grand saint Augustin. Mais l’arc, écrasant de superbe, que l’on peut contempler de nos jours, c’est celui de Trajan, qui ne connaît pour vis-à-vis que les majestueux sommets des Aurès et du djebel Chélia, point culminant du pays. Que ce soit à Batna, pour explorer Timgad et Lambèse, ou bien à Sétif pour s’en aller déambuler à Djamila, dans ces deux villes, sièges de wilaya, l’équipement hôtelier ne fait pas souffrir les embarras du choix. Le personnel n’en a que plus de mérite à être sincèrement empressé.

 

Patrie des fils de la Toussaint

Encore de nos jours, il est frappant de constater, dans cette magnifique et âpre région des Aurès, combien les mouvements de population ont dû être limités depuis l’Antiquité.
En effet, il n’est pas rare de rencontrer dans cette fière population des Fils de la Toussaint de 1954 la noblesse du port de tête remarquée sur une mosaïque dont les couleurs sont demeurées vives ou bien encore le profil et la chevelure berbères appréciés sur une médaille de l’époque romaine.

 

L’Eldorado

Ainsi, ce pays de profusion, bordé sur toute sa longueur par notre mère nourricière à tous, la Méditerranée, qui a vu naître tant de civilisations et pourvu d’un climat privilégié béni des dieux; ce territoire vaste comme cinq fois la France pourrait être l’Eldorado du bassin méditerranéen. La moindre de ses ressources n’est-elle pas aussi cette jeunesse que beaucoup de régions lui envient (80 % de la population a moins de 40 ans) et qui constitue un potentiel considérable pour l’avenir. Ce pays auquel manifestement rien ne manque mais qui a encore besoin de beaucoup; ce pays, pour qui s’y rendrait pour la première fois, il suffit d’y être depuis quarante-huit heures pour comprendre que des peuples se soient entre-tués pour le reconquérir ou y demeurer. Ce pays-là, rendu enfin à son indépendance, comment la France pourrait-elle vivre et agir sans lui?

 

Mémoire incandescente

Pour que le rêve devienne réalité, ne suffirait-il pas à ce peuple qui a déjà fait la démonstration du courage indomptable dont il est capable lorsque les circonstances l’exigent – comme dans sa guerre de libération – ne lui suffirait-il pas de se rassembler dans l’unité autour de la mémoire incandescente de ceux qui, par milliers, se dressèrent et sacrifièrent tout à leur idéal pour secouer le joug de la colonisation et bâtir l’Algérie indépendante. C’est au peuple algérien et à lui seul de trouver la voie pour y parvenir.

 

René Fagnoni
Auteur de « Chronique des Aurès« 

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